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Les mesures de guerre et mon « Petit Livre Rouge »

Le 15 octobre 1970 le gouvernement canadien imposait la loi des Mesures de guerre » au Québec en réponse aux deux enlèvements perpétrés par le Front de Libération du Québec.

Octobre 1970 : chronologie d'une crise | L'actualité

En se levant ce matin là on se retrouvait avec l’armée dans les rues avec armes au poing. Inutile de vous dire le choc pour nous qui n’avions jamais vu de près une arme. Le Canada et le Québec n’ont rien à voir avec les USA, un pays où circulent librement des armes de tous genres sous prétexte que les citoyens américains ont le droit à l’autodéfense en tout temps et partout.

Dans les heures qui ont suivi on a vu le désastre avec des arrestations arbitraires un peu partout, surtout des activistes politiques et bien sûr des artistes, écrivains et poètes.

Visite de la SQ et de la GRC à la maison… De justesse!

Dans mon cas j’ai eu une certaine chance je crois bien car lors de la venue de la Sûreté du Québec à mon domicile j’étais déjà à l’extérieur. Mais ils ont vraiment foutu la frousse à mes grands-parents Alphonse et Odile qui habitaient avec nous sur le boulevard de la Concorde à Laval, banlieue nord de Montréal.

Imaginez leur détresse dont j’ai pu me rendre compte à mon retour à la maison en fin d’après-midi. Ils n’avaient pas eu le choix d’ouvrir la porte évidemment. Heureusement qu’ils avaient l »habitude d’écouter religieusement les nouvelles tout au long de la journée. Alors ils savaient déjà tout ou presque au sujet de cette « Loi des mesures de guerre ».

Ils m’ont raconté nerveusement que les policiers avaient fouillé ma chambre de fond en comble, ce que j’ai pu constater immédiatement en voyant tout le bardas. Mon bureau était sans dessus dessous et mes livres et mes vêtements s’étalaient sur le lit et sur le sol. Ces gens-là ça ne fait pas le ménage en sortant.

J’ai tout replacé pour me rendre que l’on m’avait saisit un livre que je gardais bien en vue, le célèbre de Mao « Le Petit Livre Rouge ». Il y avait aussi le livre de Pierre Vallières « Les nègres blancs d’Amérique » qu’ils m’ont laissé. C’est du bon monde tout de même. Faut croire qu’ils avaient davantage peur des communistes que des indépendantistes.

Je me suis toujours demandé s’ils ne m’auraient pas embarqué si j’avais été sur les lieux au moment de leur venue. Probablement… Même s’il n’y avait aucune raison.

Mais comment ont-ils pu aboutir chez moi?

Avec les amis proches on a compris dans les jours qui ont suivi. Nous avions dans notre groupe une bonne copine qui était depuis assez longtemps en contact avec les frères Rose. Alors c’est ce qui nous aurait donné droit à une descente et une fouille des policiers dans nos domiciles. Tu connais quelqu’un qui connaît quelqu’un d’autre et ton nom se retrouvait sur une liste à cette époque. Peut-être que le mien y est encore mais je ne crois pas car depuis j’ai dû demander pour des raisons de voyage àl’étranger des rapports de bonne conduite auprès de la Gendarmerie royale du Canada. Mais concernant cet épisode il faut dire que j’étais aussi étudiant en histoire du Québec à l’Université du Québec à Montréal et surtout que notre groupe était de toutes les manifestations.

Une fin de soirée animée avec l’arrivée de Marcel

Imaginez en fin de soirée quand mon père est revenu de son boulot… Les grands-parents se sont fait un plaisir de tout lui raconter, ce qui m’a donné droit à un petit interrogatoire.

Il faut savoir que mon père Marcel était à l’époque agent de la paix au Centre de Prévention Parthenais, cette prison au cœur de la ville où l’on avait débarqué tous ceux que la police avait jugé bon d’y amener en les accusant de collusion ou de quelque lien avec le FLQ.

Je me souviens encore de la phrase de mon père Marcel, ou devrais-je dire de son avertissement:

« Guy! Si jamais tu mets les pieds au Centre Parthenais dis-toi que je ne te reconnaîtrai pas et surtout ne t’attends pas à ce que je t’apporte des oranges le lendemain. » J’en ris encore mais disons que ce soir-là on n’a pas beaucoup dormi.

maggy de chantal auf Twitter: "15 octobre 2018 15 octobre 1970: Début de  l'Opération Essai Il y a 48 ans aujourd'hui, la loi sur les mesures de  guerre était décrétée. 8000 soldats

2 thoughts on “Les mesures de guerre et mon « Petit Livre Rouge »

  1. Merci Guy pour ce rappel des tristes événements d’octobre 1970. Drôle de hasard, en écoutant un reportage hier soir, je disais à ma conjointe que tu avais probablement été visé par les rafles en vertu des « mesures de guerre », mais je ne savais pas de quelle façon. Je ne m’attendais vraiment pas à lire que ce sont nos grands-parents paternels qui avaient accueillis les forces de l’ordre et été témoins de leur fouille. Je peux imaginer la discussion qui s’en est suivie avec ton père Marcel. Quelle période de notre histoire!
    Salutations, Jean-Luc

    1. Oui tu as raison mais les grands-parents n’étaient pas trop facile non plus à intimider je dois te le dire. Ça les avait d’ailleurs un peu amusé sauf en ce qui concerne le bardas dans ma chambre… Mais ils m’ont dit que probablement si j’avais été là qu’ils m’auraient sans doute embarqué car ils cherchaient vraisemblablement des infos sur cette copine du nom de Thierrien.

      Celle-ci a d’ailleurs été arrêtée dans les heures qui ont suivi et amenée à Parthenais. Les interrogatoires ont été plutôt sévères avec de longues heures sans sommeil et la lumière toujours allumée dans sa cellule. Les agents de la paix n’étaient pas impliqués dans ce genre d’opération selon ce que m’a dit Marcel. Il s’agissait toujours d’enquêteurs de la SQ ou de la GRC. Marcel a été plusieurs années sans vouloir me dire quoique ce soit à ce sujet. Il l’a fait beaucoup plus tard, une fois à la retraite, et il m’a confirmé ce genre de comportement et pire encore.
      Dans le film « Les Ordres » il y a une scène qui montre qu’on amène un prisonnier dans le sous-sol pour simuler qu’on allait le fusiller… Oui Marcel m’a aussi confirmé cette scène du film comme une réalité ce qu’il n’avait pas voulu faire lors de la sortie du film.
      Il faut comprendre que les agents de la paix avaient tous signé un contrat de secret professionnel, ce que Marcel a toujours respecté.

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